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[1/3] Hélias Millerioux par François Louvel

Hélias Millerioux [1/3]

Son parcours, c'est avant tout une histoire de passion pour les montagnes et une histoire d’amitié pour ses compagnons de cordées.

Originaire de Paris, il passe ses vacances à la montagne. Puis vint la randonnée suivie de l'alpinisme en Vanoise. Dès 10 ans un rêve de gamin commence à se dessiner : devenir guide. Et ce rêve s'enracina pour ne plus jamais le quitter.

Un jour, un guide lui dit: “fais d'abord de l'escalade, ensuite tu verras”. A Paris, Grimpe 13 une association d'escalade FSGT, le forme à la grimpe, sur une strucuture artificielle d'escalade (SAE) d'abord, puis le bloc à Fontainebleau, la falaise, et enfin l'alpinisme…

Depuis, Helias est devenu guide de haute montagne, alpiniste, grimpeur, glaciairiste et skieur.

Le 23 septembre 2018, Hélias a reçu le Piolet d’Or 2018 à Ladek, en Pologne, en récompense de ses exploits lors de l’ascension d’un nouvel itinéraire vers le Nuptse, un sommet de 7 861 mètres d’altitude au Népal.

Nous vous présentons ici, le premier témoignage "de vieux qui l'ont connu jeune".

Hélias Millerioux

par François Louvel

2001. Allez ! je me botte le cul pour aller faire un tour au mur (de grimpe 13). Pas pour grimper (le mur, cet ersatz d'escalade), juste pour pas perdre contact avec le club.

Y avait un petit jeune dans le surplomb. Bon, il pendouillait pas mal, encore un peu brouillon, tout feu tout flamme, mais, énergique, volontaire, vif et réfléchi.

Un peu impressionné (moi, les surplombs), je l'aborde. Tu grimpes depuis combien de temps ? tu as déjà grimpé en extérieur ?

Hélias : 14 ans, 1 an, non.

Très motivé pour aller tâter du vrais cailloux, je lui donne mes coordonnés, et, avec l'accord de sa mère, on prit rendez vous pour Bleau. Ce fût le début d'une longue amitié.

Le point culminant fut la découverte des rochers du Paradis. Pas raisonnable du tout : trop loin, trop humide, trop moussu, trop haut, et Hélias, têtu comme une bourrique, trop beaux ces cailloux, impossible de résister.

Cela dura quelques années, la voiture gorgée de pads. Que d'expéditions dans les conditions les plus exécrables n'avons nous pas menées aux blocs de notre paradis. Pluie, neige, verglas, rien ne l'arrêtait, il me tannait, fallait y aller, se dépenser.

Hélias en hivernal au Paradis

Un autre souvenir mémorable : "la pomme", le dernier gros bloc invaincu du paradis. Nous avions essayé le lancé de corde... La 1ère ascension fût finalement réalisé par lui en jungle-tolling : la pioche dans une main, le râteau dans l'autre, faisant une tranchée au travers lierres et ronces qui recouvrait le rocher jusqu'au sommet. Une bonne préparation pour les pénitents de l’Aconcagua.

Helias au ParadisHélias n'était pas un impulsif instinctif, mais rechercher la précision d'un pied délicatement ancré sur un micro grat' ne semblait pas son truc. "Faut que tu fasses de la dalle, pour apprendre à poser les pieds" lui disait-on, ça sert aussi dans les surplombs. Il semblait vouloir les avaler.

La finasserie et les doutes existentiels très peu pour lui. À l'essentiel vite, inutile de tourner autour du pot. Un jour que je me lamentais sur l'érosion conséquente sous vache folle (à l'Éléphant) et l'absence de motivation de tous pour y remédier il me dit "y aurait qu'à bouger les cailloux là". En une heure c'était fait. Oui il était capable de sacrifier une heure d'énergie pour la grimpe pour une cause commune, c'est rare. Des années ne m'ont pas suffit pour en bouger d'autres dont c'était à priori le rôle. Le résultat a été excellent : 1 an après le sol c'était ré-haussé jusqu'au niveau des cailloux et une petite plateforme c'était constituée. Ça tient toujours.

Je n'ai pas dit téméraire dans la description que j'ai donné de lui. Il ne l'était pas. Courageux à défaut ? Je ne crois pas exactement non plus. Entreprenant, débordant d'envie et d'énergie mais réfléchi. Un bon alpiniste vivant est-il courageux ? Quand il se trouve en situation de devoir l'être, mais je ne crois pas que ce soit la témérité qui le conduise en montagne.

Dans ce jeux du bloc où l'on se soutient l'un l'autre, chacun à son tour, le projet ne reste commun que jusqu'à la réussite de l'un. Pas de corde qui nous lie. Le désir que l'autre réussisse aussi n'est pas de même nature. À ce jeu, dieu me pardonne, j'étais toujours meilleur que lui. Exaspérant l'amitié sincère et l'impossible compétition entre nous, Hélias est devenu un très efficace et fort bloqueur.

La grimpe, le bloc à Bleau ne pouvait le satisfaire…

L'occasion ne s'est pas présenté que l'on fasse de la falaise ensemble. Ou peut être ne le voulais-je pas. La couenne n'a jamais été mon truc, les gîtes non plus, ni le traditionnel pot au troquet après la grimpe. Je préfère le bivouac au refuge, et la bibine autour d'un feu, ça coûte moins cher mais c'est passé de mode. Hélias n'avait pas d'innocence vis à vis de cela, s'il se retrouvait avec les copains du club au bistro sans le sous pour payer son coup, il buvait de l'eau. Il sait d'où il vient et quelle mère admirable il a. Louons là ici, qui seule longtemps a élevé ses trois enfants avec un petit salaire.

J'ai essayé de refaire de la montagne ...
2006, camp montagne dans le valais. Incroyable Hélias : il s'était métamorphosé. Le corps sec et l'esprit affûté. Ces montagnes semblaient cette fois assez grosses pour son appétit, peut être.

À peine redescendu, il y retournait. Là haut, c'était lui. Au delà de toutes frontières. Comme il apparaît dans ses récits d'aujourd'hui.

"Hélias, j'arrive de Paris, laisse moi me poser d'abord"

Il lui manquaient encore les bons compagnons. Je ne pouvais être de ceux là.
Autrefois ma passion principale, la montagne n'était plus qu'une vieille amie perdue de vue.

Nous sommes montés le lendemain à la Dent blanche, arrête Ferpècle. Dès la marche d'approche, le constat fatal : plus de souffle. Refuge. Départ de nuit, je voulais aller jusqu'à la base de l'arête, un guidos avait entrepris d'y monter plus directement. Hélias plutôt enclin à le suivre. Moi suivre un guide, jamais ! Plus de souffle, mais la boussole toujours. Nous sommes  montés vers l'arête tout de même, un peu plus loin, mais pas assez. L'aurore nous a révélé l'erreur d'itinéraire du guide. Nous étions à peine mieux, nous retrouvant sous le guide et son client, embarqués dans une affreuse fissure, ils nous ont canardés. Un pavé est tombé sur le dos d'Hélias, heureusement protégé par son sac à dos, mais soufflé tout de même et, mal au dos. Nous avons atteint l'arête avec une heure de retard et rattrapé le guide qui renonçait à poursuivre. La suite n'était que du plaisir, nous n'avions qu'à avaler l'arête. Nous avons continué un moment, mais guère de chance d'arriver au sommet avant les réguliers orages de l'après midi. Plus capable de courir, j'ai préféré renoncer aussi. Au grand regret d'Hélias, qui n'a pas été trop têtu pour une fois. Clairement, là je n'étais plus maître, ce n'est pas avec moi qu'il aurait son compte en ce domaine. Je ne le savais pas encore, mais les dieux étaient avec lui ; trop poltron, je n'y ai pas cru. Il n'y a pas eu d'orage ce jour là et j'ai raté ma dernière occasion de faire une belle course avec un merveilleux compagnon.

Hélias en a sans doute tiré enseignement : il ne faut jamais suivre un guide, savoir parfois être indulgent avec ses pairs ; et les dieux n'ont rien à faire là dedans ! Il ne faut pas trop tirer le diable par la queue, la montagne reste dangereuse et, Hélias, on t'aime ici bas.

 

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