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JO SOCHI : BOYCOTT, l’arme ultime ?

JO SOCHI : BOYCOTT, l’arme ultime ?

Le boycott hante quasiment chaque olympiade. Sochi n’y échappe pas, d’autant plus que la Russie de Vladimir Poutine ne s’ennuie pas à mettre les formes quand il s’agit de piétiner les droits de l’Homme ou ceux des travailleurs. Heureusement pour elle, le CIO (Comité international olympique), lui, ne regarde que la bonne tenue des épreuves et le décorum pour ses sponsors. Alors faut-il condamner les JO du nouveau tzar judoka ? Le débat est ouvert ! # Par Nicolas Kssis


 

Depuis 1936, savoir où se situe la limite morale pour se rendre à des JO apparaît toujours à un moment ou un autre. Si désormais les États ont, pour l’instant, rangé l’arme du boycott dans l’arsenal neutralisé de la Guerre froide, la bonne ou mauvaise conscience des athlètes continue, par contre, d’être soumise à rude épreuve. Et dans le cas de JO d’hiver de Sochi, les arguments ne manquent pas. La Russie a multiplié les atteintes aux droits de l’Homme. Les ouvriers qui ont construit les stades, notamment « immigrés » du Caucase, ont été traités comme du bétail, sans parler du problème environnemental. Ce qui repose derechef la question/le problème du positionnement des fédérations et de leurs champions face à ce type de grands événements sportifs internationaux qui offrent des tribunes indiscutables, quoiqu’en dise le CIO (ou la Fifa pour les Coupes du monde de football), aux régimes qui les accueillent.

La patrie de Poutine va donc recevoir, du 7 au 23 février, les prochains Jeux olympiques d’hiver avant d’enchaîner, en 2018, avec le Mondial de football. Indiscutablement, l’attribution de ces grandes messes est un brillant succès pour la diplomatie russe qui cherche à restaurer son standing de « grande puissance » depuis l’écroulement de l’URSS. Vladimir Poutine sait en jouer, lui qui caresse toujours le nationalisme russe dans le sens du poil pour asseoir sa popularité et son populisme. C’est également la validation sportive du dynamisme économique de cet immense pays, le seul européen parmi les fameuses BRICS (*). Le capitalisme sait être reconnaissant envers les bons élèves. Cependant, cela jette une lumière crue sur les zones d’ombre. Ces derniers temps beaucoup se sont focalisés sur la dimension sécuritaire et les risques d’attentats, liés à la situation dans le Caucase (une série de lois très dures rappelle la conception très restrictive des droits individuels dans cette « démocratie »). On peut également souligner que, bien que le CIO mette en avant sa volonté de conformer ses JO aux contraintes écologiques, tous les observateurs remarquent à quel point l’édition de 2014 ne s’embarrassa pas de ces pudibonderies occidentales pour profaner mère nature.

C’est en raison de l’ensemble de ces scandales - et, comme à son habitude, globalement contre le système olympique - que la mouvance de critique du sport, réunie aujourd’hui autour de la revue « Quel Sport ? » (www.quelsport.org), dont un numéro spécial vient de sortir sur le sujet, lance la pétition « Jeux de Sochi 2014 : Nous ne serons pas complices ! L’important est de ne pas participer ! », sous la forme d’un large appel à réagir : « (...) aller à Sotchi ce n’est pas simplement se rendre dans une enceinte olympique, c’est cautionner les dérives dictatoriales du Kremlin déjà dénoncées par certaines instances européennes. Est-il, dès lors, moralement acceptable d’invoquer le « droit » des athlètes à « réaliser leurs rêves » au prix d’une présence complice au banquet olympique d’un autocrate sans scrupule ? Est-il souhaitable que les régimes parlementaires occidentaux sacrifient une fois encore les valeurs humanistes et les droits de l’Homme sur l’autel des performances sportives et des intérêts des multinationales ? (...) Considérant qu’il n’est pas admissible de se compromettre avec le régime de Vladimir Poutine, nous appelons : − L’Union européenne, les gouvernements européens et les ministères des Sports à ne pas cautionner par leur présence les cérémonies officielles d’ouverture et de clôture des Jeux. – Les organisations sportives (CNOSF, Fédérations) à ne pas collaborer avec l’appareil d’État russe qui a fait du sport olympique un système politique d’embrigadement. − Les athlètes à assumer pleinement leur rôle de citoyens en refusant de devenir les gladiateurs du cirque olympique russe. Soit en déclinant l’invitation à se rendre à Sotchi et en le faisant savoir. Soit en exigeant la libération de tous les prisonniers politiques et l’abrogation des lois liberticides et homophobes (appels, pétitions, conférences de presse, manifestations de soutien, etc.). Pas de compétitions sportives entre les camps de travail et les colonies pénitentiaires ! − Les partis politiques, les syndicats, les associations démocratiques, les organismes de défense des Droits de l’Homme et, au-delà, tous les citoyens, à boycotter la retransmission des Jeux et les partenaires commerciaux du CIO. − Les journalistes à refuser d’être des caisses de résonance de la propagande poutinienne et à rendre compte de la situation réelle du pays. Pour Sotchi comme pour Pékin, Séoul, Moscou ou Berlin auparavant, les vrais héros de l’olympisme seront ceux qui ne participeront pas à la légitimation d’une dictature. »

Cela dit, de nombreux dirigeants ont décidé, dans un grand élan de courage politique sans risque, de ne pas assister à la cérémonie d’inauguration (celle d’hiver a, cela dit, toujours été moins courue que son ainée estivale). Ainsi, le président de la République allemande, dont la fonction s’avère surtout symbolique, s’abstiendra. François Hollande a également décidé de ne pas caler la date dans son agenda (du mal à garer son scooter sûrement), mais en prenant mille précautions oratoires spécieuses pour vider son absence de toute vertu symbolique. Et l’on donnerait presque raison à Jean-Claude Killy, président de la commission de coordination des JO, quand il « déplore le double langage qui consiste à vendre des trains, des avions de chasse ou des bateaux de guerre à certains pays pour snober ensuite la cérémonie d’ouverture d’un événement sportif d’envergure mondiale qui y a lieu. Il faut être pragmatique si l’on veut exporter, garder nos usines ouvertes… » Cela dit, à ce niveau, les intérêts de la France seront saufs puisque la ministre, Valérie Fourneyron, sera présente ce fameux vendredi 7 février : « On peut être plus utiles en y allant, car les Jeux sont un moment où on peut obtenir des avancées politiques. Cela s’est produit en Chine et, on l’a encore vu en Russie ces dernières semaines avec des libérations d’opposants au régime. Sur place, j’ai prévu de rencontrer des ONG. Aller aux Jeux ne signifie pas fermer les yeux sur ce qui se déroule sur place... »

Voilà bien l’enjeu, une fois la très hypothétique option du boycott tranchée, s’y rendre mais pour y faire quoi ? Barak Obama a décidé d’envoyer des athlètes ouvertement gays dans la délégation. De son côté la France semble jouer profil bas en refusant « toute récupération politique », y compris sur le chapitre plus large des droits de l’Homme, des travailleurs ou de l’environnement. « Notre véritable inquiétude de fait », explique Christelle Foucault, présidente de la Fédération sportive gaies et lesbienne (FSGL), dont certains clubs sont aussi à la FSGT, « tient dans un autre événement qui doit se tenir en même temps à Moscou, des Open Games, sorte de Gay Games. Ils ont le plus grand mal à l’organiser et se heurtent aux autorités. Notre position n’est pas de prôner le boycott mais de demander au CIO, puisque c’est lui qui est « en charge » pendant les JO, de garantir que les athlètes et accompagnateurs ne subissent cette loi récemment votée contre « la propagande homosexuelle », contraire aux droits de l’Homme et à la charte olympique. Nous avons lancé deux démarches, une auprès du CNOSF [Comité national olympique et sportif français] et l’autre auprès du ministère. Sans grand succès. Nous aimerions par exemple que la France accueille une Pride House provisoire, comme celle de Londres inaugurée par son maire, et dont Moscou a refusé/renié l’existence. Pas de réponse jusqu’à ce jour ni des uns, ni des autres... Durant les JO, nous allons mener de actions de sensibilisation à Paris autour de la patinoire de l’Hôtel de Ville, parler de ce qui se passe en Russie. Nous aurions juste aimé un geste aussi fort que celui de Barak Obama de la part de la France. » Pour le moment, la FSGT ne s’est pas positionnée officiellement.

(*) BRICS est un acronyme anglais pour désigner un groupe de cinq pays qui se réunissent en sommet annuels : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Avant l’ajout de ce dernier pays en 2011, le groupe était appelé BRIC. Rarement utilisé, l’équivalent français de cet acronyme est l’ABRIC (Afrique-du-Sud, Brésil, Russie, Inde et Chine) ou encore BRICA.Les cinq pays composant le BRICS sont pour la plupart considérés comme des grandes puissances émergentes, ils sont respectivement les sixième, neuvième, dixième, deuxième et vingt-neuvième puissances économiques mondiales (au sens du PIB nominal) et septième, sixième, troisième, deuxième et vingt-cinquième en parité de pouvoir d’achat. Ils comptent 40% de la population mondiale et, en 2015, ils devraient assurer 61% de la croissance mondiale selon le FMI. (source : wikipedia)

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